Buzz et idées reçues en sexologie- Billet d’humeur du Dr Christophe Marx

Sous ce titre convenu, il faut lire en filigrane l’importance du mot « reçues ».
En effet, une idée « reçue » a donc été « envoyée »,  et la question se pose donc de savoir par qui et dans quel but.

Avant d’aller plus loin,  voyons deux  enquêtes , toutes deux citées dans l’excellente revue internationale Sexologies, Juillet-Septembre 2008, vol 17, N°3, p. 200-201.
Merci à Béatrice Cuzin, urologue  à Lyon, d’avoir attiré notre attention sur ces enquêtes.

La première est due à  Sand MS, Fisher W,   Rosen R ,  Heiman J, et Eardley L  ( J Sex Med 2008 ;5 :583-94).

Il s’est agi pour ces auteurs d’évaluer la prévalence  (nombre de personnes atteintes d’une certaine maladie à un moment donné dans une population donnée) de la dysfonction érectile et ses corrélations avec les comportements et attitudes masculines par rapport à cette dysfonction.
Le but était de rapporter les attitudes des hommes avec et sans problème d’érection concernant  « l ‘identité masculine » et la « qualité de vie ».  Rien de moins ! Les guillemets ne sont ici que pour valoriser l’importance d’un tel questionnement.

Il n’a pas fallu moins de 28 000 hommes interrogés au hasard dans huit pays pour commencer à y voir clair.
Les résultats de cette enquête font vaciller les fondements même de  la sexologie médicale.
Jugez plutôt.
Pour apprécier leur masculinité, ces hommes ont d’abord besoin d’être perçus comme honorables, indépendants et respectés par leurs amis.
Ils semblent considérer au contraire comme parfaitement secondaire pour définir leur masculinité  le fait d’être attirant physiquement, d’être sexuellement actif et d’avoir du succès auprès des femmes.
Ces témoignages, qui tranchent avouons-le avec les stéréotypes ressassés, concernent tous les pays, et toutes les tranches d’âge,  de 20 à 75 ans.
Ce n’est pas tout : interrogés sur leur conception de la qualité de vie, les voilà qui citent la bonne santé ( quel scoop !), la vie familiale harmonieuse et de bonne relation avec leur femme/ partenaire.  Loin derrière, on trouve le bon travail, la jolie maison ou même le fait  de vivre pleinement sa vie ou d’avoir une vie sexuelle satisfaisante.
Le plus étonnant est que les réponses sont homogènes, entre  les hommes souffrant de dysfonction érectile OU PAS, et, parmi les hommes qui en sont atteints,  qu’ils demandent OU NON un traitement.
Qui aurait donc intérêt à faire croire que le désir secret de tout homme est d’être une bête de séduction  et de sexe ?
Les médicaments ont des indications, des contre-indications, mais ne doivent pas se substituer au bon sens. Avis aux publicitaires !
La seconde est publiée  par Hayes RD, Dennerstein L, Bennett CM  dans le même numéro du Journal de Médecine Sexuelle, p 777-87.
Le titre est déjà un programme, et je vous laisse apprécier les guillemets :
«  Quelle est la « vraie » prévalence des dysfonctions  sexuelles féminines et la manière d’évaluer ces troubles a-t-elle un impact ? »
356 femmes australiennes de 20 à 70 ans ont permis d’avancer dans cette réflexion.
La conclusion est que la prévalence des DSF ( dysfonctions sexuelles féminines – faible désir sexuel, troubles de la lubrification, troubles de l’orgasmes et douleurs pendant le rapport) varie considérablement  selon les instruments de mesure.
Il suffit que le chercheur veuille « prouver »  que la prévalence ou les facteurs de risque d’une affection  est plus ou moins importante,  pour qu’il utilise dans ce but un  questionnaire ou un autre.
Un certain esprit critique doit donc être de mise, même devant des enquêtes « incontestables » généreusement fournies par les  firmes  « intéressées »… par le sujet !

Un petit dernier pour la route :  Salem EA et ses collaborateurs ( J Sex  Med 2008 ;5 : 188-93) proposent encore un traitement médicamenteux pour lutter contre l’éjaculation rapide. Le tramadol ! Ce quasi morphinique qui vous met dans un état bizarre. Planant, un peu loin de tout : de soi ( quand on a mal, c’est bien ), de l’autre…
Ne mésestimons pas pour le partenaire le fait de « tenir » 7,37 mn au lieu de 1,17 mn.
Mais restons conscients que, comme les antidépresseurs, il s’agit de mettre la personne « à côté d’elle même ».

Quand comprendra-t-on que le traitement de l’EJP est  d’aider l’homme à être au contraire « lui-même », dans un rapport vrai et harmonieux avec sa partenaire !
Dr Christophe Marx

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