Exceptionnel !

Bon, d’accord, vous pouvez rentrer un peu plus tard ce soir, mais c’est exceptionnel !

 

Il a fallu ce concours exceptionnel de circonstances…

 

Une rencontre, si belle qu’on la dirait exceptionnelle !

 

D’accord,  mais là c’était une situation exceptionnelle …

Il semble que l’exception soit finalement un concept bien… commun !

Et penser la situation d’exception n’est –ce pas déjà la régulariser, la faire entrer dans le rang du prévisible ?

Notre société rejette la situation d’exception, et veut la stériliser dans les protocoles, la précaution et son principe.

Alors, l’exception annule-t-elle la règle ? Bien sûr, puisque la règle est,  de fait,  annulée ou suspendue.

Ou bien  l’exception confirme-t-elle la règle ? Bien sûr, puisque sans règle, pas d’exception possible, car tout est sur le même plan.

Dans un monde incertain, comme celui d’avant la révolution industrielle par exemple, tout semble exceptionnel : l’exception des situations est en fait… la règle.

Il avait certes quelques normes, peu répandues, et surtout très hétéroclites.

Le danger physique était fréquent, les communications épisodiques incitaient peu à la comparaison, l’artisanat et sa diversité n’avait pas encore laissé la place à l’uniformité industrielle.

Aujourd’hui, les normes envisagent les conséquences de chaque incident.

Les médias relativisent les exceptions en les comparant sans cesse.

Nos biens standardisés nous rapprochent par mimétisme : on fait tous le même geste pour allumer notre smartphone…

Dans ce nouveau contexte, il faut se lever tôt pour trouver  des exceptions devenues pour le coup … exceptionnelles !

Certains métiers dit «  à risque » ont l’apanage d’avoir à gérer l’exceptionnel, dans une exigence accrue de performance : chirurgien,  sauveteur en mer, négociateur…

Pour la plupart d’entre nous, toutefois,  le goût fade d’une société aseptisée laisse orphelin un désir d’aventure  et nous suivons avec émotion ces sportifs de l’extrême, prenant des risques insensés, ou les corridas, ou les émissions de télé-réalité en situation réelle  comme Koh-Lanta…

Oui, décidément la nature même de l’exception est paradoxale.

Si une situation est exceptionnelle, ce n’est pas tant par ses caractéristiques objectives que par le regard que nous portons sur elle.

La perception d’une situation d’exception, donc potentiellement dangereuse puisque non balisée,  conduit à la rigueur de la préparation, à la concentration  dans l’exécution.

Puisqu’il s’agit de vraiment découvrir un neuf qui émerge, on s’astreint à une « éthique de la première fois » ( Jérôme Millet in «  Agir et décider en situation d’exception- 2006) ) .

Une fois qu’on a fait son maximum pour maîtriser les règles qui gouvernent la généralité des cas, il s’agit d’entrer dans un domaine nouveau de l’activité humaine : la liberté.

Et l’évidence peu à peu s’impose : l’artiste, le chirurgien, le chercheur, l’alpiniste… en ouvrant chacun ce domaine nouveau élargit notre horizon à tous.

Nous pouvons désormais lever le paradoxe : loin d’être l’apanage de quelques uns, l’éthique de la première fois apparaît comme un objectif à atteindre par tous.

La routine, exact contre point de cette éthique génère souvent des destructions insidieuses, ou des désastres spectaculaires.

Fuir la routine, c’est donc  porter sur les événements et les êtres un regard chaque fois nouveau.

Chacun est un être d’exception.

Demain ne sera jamais l’exacte reproduction d’hier.

Nous sommes libres.

Dr Christophe Marx

Septembre 2015

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