Finalement, pourquoi récuser la sexualité avec les patient-es?

En réaction au  texte stigmatisant les abus sexuels commis par les thérapeutes sur leur patientes et patients- (http://www.agis.fr/?p=294),  plusieurs témoignages eurent le projet d’aller dans le sens d’une atténuation de la gravité de la situation, voire d’une banalisation pure et simple.

Une règle aussi stricte ne risque-t-elle pas, avancent ses détracteurs, de ne pas être appliquée du fait d’un trop fort niveau d’exigence ? Et ne serait-elle pas carrément  castratrice et  fleurant l’ordre moral ?

Thérapeutes, certes, mais avant tout hommes et femmes de chair, de sang et de désir : on ne pourrait pas s’empêcher d’être qui on est.

Il semble donc que cette règle déontologique mérite d’être mieux étayée et fondée dans une réflexion anthropologique plus large.
Mais commençons par le début :
La jungle est régulée et régie par l’instinct et les grands lois de la nature. La principale de ces lois est celle dite ” du plus fort”.
Le plus fort mettant sa force à son propre service ( ou à celui de son groupe) se retrouve à la merci d’un encore plus fort que lui si d’aventure il est amené à le croiser sur sa route.
Le prédateur ne fait aucun “mal” à sa victime, c’est ainsi que la jungle vit sa vie de jungle.

Les hommes ont décidé de ne pas vivre dans la jungle, et de se civiliser. Il y a bien longtemps certes, mais le projet reste d’actualité pour certains d’entre nous.
Contrairement à la loi du plus fort, les hommes décident que le plus fort va mettre sa force au service du plus faible.
Certains n’abondent pas dans ce sens, et affirment tout de go qu’ils utiliseront leur force pour leur propre intérêt, en toute circonstance et quoi qu’il en coûte, dussent-ils le payer de leur vie dès lors qu’un plus fort qu’eux affirmera à leur dépens sa prééminence.

Quant aux autres, ils acceptent le jeu de la civilisation et décrètent que la loi du plus fort menace l’humanité et la mène à sa perte, tant individuelle que collective.

Continuons l’observation : les êtres humains peuvent abuser de leur force dans trois domaines principaux : la violence, l’argent et le sexe.
La sexualité ne peut prendre sa place que dans l’équilibre, la parité, la non-violence, la liberté et le consentement réel.
Toute sexualité prenant place entre une personne “plus forte” et une autre par conséquent “plus faible” entraine de fait un abus de pouvoir : c’est dans ce cadre là que se situent la sexualité incestueuse, les rapports avec les personnes fragiles, crédules, etc.
Cela inclut bien évidemment la situation où le thérapeute  est par définition en position de force, de savoir et de pouvoir face à une personne en souffrance et en demande de soutien.
Cette limite  ne provient donc  pas  d’une position moralisante, mais du résultat d’un enchaînement de cause et d’effet : vivre dans une monde où les partenaires sexuels sont recrutés dans le groupe des “plus fragiles” éloigne d’un fonctionnement civilisé et rapproche de la jungle où le plus fort est -momentanément – tout puissant.
L’incitation à respecter cette règle déontologique s’enracine donc dans un a priori éthique : la violence s’étend en tache d’huile, et grande est la responsabilité de celui ou celle qui allume la mèche.

Dr Christophe Marx

Février 2014

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