La violence et le sacré

René Girard vient de mourir.

Ce colosse au regard clair a fait une découverte majeure pour l’humanité.

Un de ses livres s’appelle : «  Des choses cachées depuis la fondation du monde »

Si c’est faux, l’imposture est grossière, à la limite du ridicule.

Si c’est vrai, il peut être pertinent d’ouvrir le bouquin.

Il est français, né à  Avignon (non, on ne dit pas « en Avignon »,  tant pis pour les parisiens !) et  il se spécialise en littérature comparée.

A cette occasion, à force de fréquenter Shakespeare et Dostoïevski il en a appris de belles sur les êtres humains.

Il a voulu  parler aux sociologues, mais n’étant pas sociologue patenté lui-même, l’université française ne l’a pas écouté.

Il a voulu  parler aux psychologues, mais n’étant pas psychologue diplômé lui-même, l’université française ne l’a pas écouté.

Il a voulu  parler aux théologiens, mais n’étant pas théologien lui-même, les théologiens français  ne l’ont pas écouté, ou à peine.

Alors il est parti enseigner à l’université de Stamford, où, contrairement à la France, il n’a pas été sommé de montrer ses diplômes.

Sa pensée a juste forcé l’admiration, et ses livres sont désormais  traduits dans le monde entier.

De quoi s’agit-il donc ?

De la violence,  de sa capacité à nous détruire, et à détruire la terre car l’apocalypse planétaire est en train de devenir une réalité plausible.

Girard analyse et cherche la source de cette violence qui se répand inexorablement en tache d’huile, et qui semble gagner toujours : comme le feu, elle dévore tout ce qu’on jette dessus pour l’éteindre. Pour lutter contre la violence, il faut être violent ! Comment sortir de ce paradoxe ?

René Girard s’aperçoit que tout se joue au niveau du désir !

Que l’on ne peut désirer sans imiter le désir d’une autre personne.

Et que cette imitation–  il emploie le mot grec de « mimesis » pour insister sur le caractère universel de cette tendance impérieuse de chacun à faire comme les autres –nous condamne à la rivalité, et  finalement à la violence.

Il observe également ce que les humains ont trouvé pour détourner cette violence : la reporter sur une victime qu’on accusera de tous les maux : le bouc-émissaire finira par être sacrifié !

Cette victime innocente, forcément innocente, est chassée hors de la communauté, tuée réellement ou symboliquement.

Les autres, les bien-pensants peuvent continuer leur vie, jusqu’à la crise suivante, qui nécessitera qu’on trouve un autre bouc-émissaire.

Qui peut prendre ce rôle ? Suivant les contextes et les cultures : les juifs, les arabes, les pauvres, etc…Ces trois petites lettres « etc » n’ont jamais été aussi dramatiquement justifiées. Le bouc-émissaire, ce peut être aussi le maillon faible des familles, qu’on appellera le «patient désigné ». Ou  encore la partie sombre d’une personnalité dissociée…

René Girard propose une porte de sortie pour arrêter l’éternel recommencement des sacrifices inutiles.

Je vous conseille de fréquenter sa pensée.

Au quotidien.

Car c’est au quotidien que la violence, tapie, menace nos relations, notre fécondité, nos vies.

Christophe Marx

Novembre 2015

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