Lâcher prise dans l’épreuve ?

Les St Jean Bouche d’or recommandent de lâcher-prise, et de ne pas vouloir tout contrôler.

Fort bien, cela doit être reposant  de se laisser porter.

Le programme est alléchant.

Mais voilà que, s’avancent, menton levé et sourcils froncés, les donneurs de leçon de responsabilité : pas question de rester passifs, disent-ils.

Car éviter une responsabilité, c’est méconnaître la réalité et  c’est surtout refiler au voisin la tâche de nous prendre en charge.

C’est pas joli-joli, de se décharger ainsi sur les autres.

Surtout si par ailleurs, on réclame —certes légitimement, un statut d’adulte autonome et libre.

Sortant d’un manichéisme simplificateur, on comprend qu’il faut contrôler certains éléments, et surtout pas d’autres.

Qu’il faut lâcher prise dans certains domaines, mais qu’il faut garder une certaine discipline dans d’autres.

Hélas, le catalogue qui sépare les deux catégories n’existe nulle part.

Chacun doit se le créer au fur et à mesure, uniquement pour lui-même.

«  Changer ce qu’on peut changer, accepter ce qu’on ne peut pas changer… » Oui bien sûr. Mais on peut toujours changer de regard, changer son vécu alors qu’on était persuadé qu’on ne pouvait pas le modifier.

Et puis, on croit qu’on peut changer les autres ( «  au moins un peu, à force de les aimer très fort !… ») mais l’expérience se révèle infructueuse la plupart du temps.

Donc je résume : pour ne pas se mettre en danger, soi ou les siens, et pour prendre ses responsabilités : il faut contrôler, c’est-à-dire connaître son environnement et pouvoir agir sur lui.

Au contraire, pour laisser émerger le neuf, et accueillir ce que l’à-venir nous réserve, nous ne devons pas lui tordre le bras et lui laisser une marge de manoeuvre. Se laisser surprendre, découvrir des ressources, célébrer ce qui justement ne se répète pas comme un disque rayé.

Toutes ces métaphores générales et  bien pensantes ne m’avancent à rien.

J’en viendrai presque à préférer la philosophie minimaliste de Georges Brassens : «  Gloire à qui, n’ayant pas d’idéal sacro-saint, se borne à ne pas trop emmerder ses voisins ! »

Ou alors, j’ai besoin de me nourrir d’exemples vécus par d’autres.

Ils ont  certes une discipline de vie, mais se laissent toucher par ce qu’ils ne connaissent pas : un nouveau goût qui caresse leurs papilles, un regard qui leur inspire inexplicablement confiance, un échec qui recèle une belle leçon de vie…

Ils ne se jugent pas, et ne jugent pas les autres.

Ils savent que tout ce qu’ils ont, ils l’ont reçu : à commencer par la vie.

Ils réalisent que ce qui n’est pas donné est perdu.

Ils savent qu’ils ne sont pas à l’origine d’eux-mêmes  et célèbrent cet « au-dessus » d’eux qui ne les écrase pas  mais les appelle à avancer debout sur leur propre chemin. Certains l’appellent la vie, la providence ou même la grâce donnée gratuitement ( oh, oui surtout gratuitement! ) par une suprême force d’amour.

Allons bon, nous voilà encore dans les expressions métaphoriques et générales.

En fait, tout ce dont j’ai besoin se résume à

– ne jamais me sentir seul

– et si je traverse un tunnel, d’en voir au moins le bout.

Alors l’épreuve se transforme en passage.

En langage biblique  : une pâque.

Christophe Marx

Avril  2017

Pour laisser un commentaire sur ce billet, cliquez ici en précisant le titre de l’article

Retour à la liste des publications

Aucun commentaire

Réagissez au texte