Le soin sous contrat

Un contrat, c’est un accord mutuel sur un but à atteindre ensemble.

Une personne qui demande de l’aide a pour but de  recevoir cette aide.

Aider quelqu’un consiste à poursuivre le même but  que la personne aidée.

Il s’agit bien d’œuvrer ensemble, et si l’une des deux parties n’est pas de la « partie »,  on ne fera rien de bon ensemble : tentez de relever du sol quelqu’un qui ne veut pas qu’on le relève et qui fait l’âne mort, comme on dit. Vos lombaires en prendront pour leur grade, et vous n’arriverez sans doute pas à vos fins.

Avant d’aider quelqu’un, il est nécessaire d’obtenir l’adhésion de la personne au projet d’être aidé, en précisant le but et la manière de l’atteindre. Ce temps de négociation du contrat n’est pas facultatif.

On ne négocie pas de contrat en cas de plaie vasculaire, mettant en danger la vie de la personne au bout d’une poignée de secondes : à quelqu’un dont la jugulaire  tranchée gicle à deux mètres, il ne s’agit pas de lui demander ce qu’il veut !

On fait un point de compression immédiat, sans autre forme de contrat !

Mais dès que l’on a quelques minutes devant soi, il est pertinent de se mettre d’accord sur ce fameux but à atteindre ensemble.

Voici quelques exemples de   négociation de contrats clairs :

1-

–       J’aimerai votre aide pour adopter une alimentation plus équilibrée.

–        D’accord, nous nous verrons une fois par semaine pour un entretien motivationnel, nous définirons ensemble ce que vous appelez « équilibrée » et je vous donnerai des informations factuelles.

2-

–       Pouvez vous m’aider à affirmer mes limites, et à savoir dire non.

–       A quoi verrez vous que vous savez vous affirmer ?

–       Quand je ne me laisserai plus marcher sur les pieds, et que je saurai reconnaître et satisfaire mes besoins vitaux, même si cela doit déranger les autres.

3-

–       J’aimerai que vous me prescriviez des médicaments coupe-faim,  ou que vous m’orientiez vers un chirurgien qui me mettra un anneau sur l’estomac.

–       Votre surpoids n’est pas si conséquent, et les médicaments coupe-faim sont interdits depuis longtemps. Par  contre, je vous propose de venir parler de votre vécu de ce surpoids. Après cinq entretiens, je vous dirai mon avis sur la meilleure attitude thérapeutique.

4-

–       Mon conjoint et moi, nous nous chamaillons sans cesse. Cela nous épuise et inquiète nos enfants. Pouvez vous dire à mon conjoint de cesser de se conduire de façon irresponsable ?

–       Et si vous trouviez ensemble comment sortir par le haut de vos disputes ?

–       Ce serait l’idéal… Mais comment faire ?

–        Par exemple en trouvant les déclencheurs habituels et les rôles que chacun affectionne de prendre en face de l’autre : Victime ? Persécuteur ? Sauveteur ?

–       Ces mots me parlent bien. J’ai envie que l’on se donne ensemble les moyens d’avoir un langage commun et qu’on puisse éviter de tomber dans nos panneaux habituels.

–       Très bien, venez la prochaine fois avec votre conjoint. Prévenez moi suffisamment à temps pour prévoir une durée d’entretien suffisante.

Le contrat de soin, physique ou psychologique, détermine un cadre à l’intérieur duquel le soin pourra avoir lieu.

Parfois, ce sont les thérapeutes qui sortent du cadre, ou n’y rentrent même pas :

–       Par leur incompétence, leur manque de disponibilité, de matériel, de technicité, de formation …

–       Par leur trop grande distance : manque d’empathie,  humeur labile alternativement rejetante  et étouffante…

–       Par leur motivations inconscientes : pulsions sadiques refoulées ou non (une dentiste m’a avoué un jour remplacer l’anesthésique local par du sérum physiologique pour les patients qu’elle trouvait antipathiques), complaisance avec les projets suicidaires des patients ( en prétendant qu’il existe de « bonnes raisons » pour se suicider)…

–       Par un rapprochement excessif : prise à cœur personnelle des problématiques des patients, proximité trop grande, emprise, abus sexuel…

–       Abus financier, escroquerie de toutes sortes  ( qualifications professionnelles  mensongères…) Un médecin qui s’était fait congédier de l’institution dans laquelle il travaillait, a inscrit sur sa plaque «  Licencié du Val de Grâce », ce qui a impressionné beaucoup de monde avant qu’il ne soit démasqué.

Il a jusqu’au bout de son procès prétendu qu’il n’avait pas menti.

La liste n’est pas exhaustive, et je recueille vos suggestions.

*

Parfois, c’est le patient qui sort du cadre :

–       Lorsqu’il ne peut exprimer sa plainte : par exemple s’il parle une langue étrangère, inconnue du thérapeute : ce n’est certes pas sa faute, mais le contrat ne peut tout simplement pas être conclu. S’il a mal et désigne une partie de son corps en faisant une grimace, la plainte, certes minimaliste peut servir de base à une ébauche de contrat de soin.

–       Lorsqu’il est violent, ou menace de l’être : contre les personnes, contre lui même ou contre le matériel.

–       Lorsqu’il est  délibérément menteur ou manipulateur

–       Lorsqu’il ne rentre pas dans le cadre administratif, légal ou financier. Ici c’est la couverture médicale universelle ou la non assistance à personne en danger qui viendra, même maladroitement, rétablir une ébauche de cadre.

–       Quand il met plus d’énergie à mettre en échec le thérapeute, qu’il n’en met à participer à ses soins : concept certes subjectif mais à prendre en compte néanmoins.

Tout ceci est à nuancer car nous sommes des êtres humains et pas des machines.

Un praticien peut décider d’apporter des soins à son patient, même si ce dernier est sorti du cadre : c’est le privilège du soignant et sa responsabilité de ne pas forcément réserver ses soins aux patients « politiquement corrects ».

A l’inverse un  patient peut parfois bénéficier des soins d’un praticien  excessif dans ses états d’âme, ou approximatif dans ses diagnostics.

Le  vrai cadre du soin, c’est l’attention et le respect.

Les grecs disaient même : l ‘agapè.

L’ amour de l’humanité.

Espérons que c’est ce qui motive principalement les soignants de  toute discipline.

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Christophe Marx

Juin 2016

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Un post scriptum qui n’a rien à voir : une belle leçon pour les partisans de la race pure !

Un voyage au cœur de l’ADN.

https://www.youtube.com/watch?v=tyaEQEmt5ls

Le sujet est classique, mais ce petit film ( réalité ? fiction ?) est intéressant.

Je suis intéressé par votre réaction !

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