Tout ce qui n’est pas donné, est perdu.

Marek Halter, écrivain juif sauvé lui-même de la déportation, est allé à la rencontre des Justes encore vivants.

Ces « Justes parmi les nations » ont sauvé des juifs, parfois au péril de leur vie.

Il affirme l’existence en nous tous d’une pulsion de générosité, de bonté, de justice, de solidarité.

Cette pulsion jaillirait d’elle-même, comme avant toute forme de raisonnement. Il a trouvé frappant combien ces personne se trouvaient normales, ordinaires. Cela leur avait semblé naturel d’agir ainsi, et s’était imposé à eux avant même qu’ils y aient réfléchi. Gabriele Nissim, cité par J. Lecomte, va jusqu’à nommer le jardin des Justes, à Jérusalem, le « jardin des hommes normaux ».

Comme si l’être humain était le grain de sable capable d’enrayer les systèmes les plus destructeurs.

On peut se réjouir, avec Marek Halter que ce soit « cette disposition à la compassion immédiate que les pires systèmes totalitaires et leurs exterminateurs ne pourront jamais tuer en l’homme. Et cette compassion (…) est susceptible de surgir chez tout individu, y compris chez l’un de ceux que le sort a placé dans le camp des maîtres, des bourreaux. »

Et s’il était impossible de figer quelqu’un dans une « nature humaine » universellement et exclusivement capable du pire ?

Cette conviction n’a rien à voir avec l’angélisme du « bon sauvage » cher à Rousseau.

Elle découle d’observations, de témoignages, de vécus…

La bienveillance, la compassion, la sollicitude dont nous pouvons faire preuve les uns avec les autres méritent de fleurir à l’abri de toute parole perverse :

1- L’extorsion « Je te connais, tu es gentille : va donc me chercher un café… »

2- La manipulation « Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu pourrais au moins… »

3- Le pillage « Donne moi encore et encore, pardonne-moi encore et encore, tu te dois d’être généreux avec moi… »

4- Les doubles contraintes « Ne me dis pas merci, c’est tout à fait normal, ce que je fais pour toi ! Mais si tu savais combien je souffre de voir comme tu es ingrat ! »

5- Le don avec élastique « Je m’occupe de toi, pour que tu ailles bien ! Comme cela tout le monde verra comme je suis généreux. J’ai besoin de ta reconnaissance pour me valoriser aux yeux de tous. »

6- Le chantage « Si tu n’es pas reconnaissant, je vais me sentir mal, encore plus mal que d’habitude : tu ne me ferais pas cela, n’est-ce pas ? »

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Pour Freud, l’enfant n’est qu’égoïsme, exclusivement occupé à satisfaire ses besoins, quitte à éliminer ses rivaux. D’après Piaget, l’enfant, égocentrique, ne peut tenir compte des autres qu’après l’âge de sept ans.
Mais on sait maintenant que le bébé n’a pas besoin d’apprendre à s’attacher à sa mère et qu’il peut, dès deux ans présenter une empathie émotionnelle adaptée.

La neurobiologie confirme que notre cerveau est conçu pour réagir à l’expression des émotions : nous sommes des êtres fondamentalement sociaux, prédisposés à l’empathie et à la coopération.

Nous savons repérer les zones cérébrales activées lorsque nous souhaitons du bien aux autres, quand nous sommes justes, et quand nous faisons confiance. Notre taux d’ocytocine, l’hormone favorisant la tendresse et la générosité augmente quand nous vivons des événements qui nous font du bien. Nos neurones miroirs nous permettent d’appréhender les émotions vécues par autrui.

Notre néo-cortex en perpétuelle croissance, nous appelle à nous sentir UN, unique et unifié avec nous même, dans une médiation permanente avec les autres.

L’air que nous respirons est incontestablement notre air « à nous », alors que l’atmosphère terrestre est à tout le monde.

Ne désespérons pas de l’humain.

Osons la bienveillance. (1)

——–
Christophe Marx

Février 2016
(1)Cf Lytta Basset « Oser la bienveillance » Albin Michel 2014

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