Billets d’humeurs

Voici trois textes diffusés récemment sur la Lettre d’information d’AGIS.Si vous désirez la recevoir, veuillez vous inscrire :

 

L’inexplicable délai

Les tourteraux s’aimaient d’amour tendre.
Et pourtant, cinq ou dix ans après, les voilà devenus ennemis, ou pire, indifférents au bord du divorce.
Leur mésentente peut s’expliquer car ils ont des histoires si différentes, des familles d’origine si culturellement éloignées… Leurs goûts sont incompatibles, leur rythme différents, leurs passions contradictoires ! Alors bien sûr, on peut comprendre.
Mais pourquoi tout cela se révèle-t-il si tard ? Toutes ces différences existaient déjà le jour de leur mariage ! Pourquoi les problèmes commencent-ils à faire mal un jour, alors qu’ils sont présents depuis le début de l’histoire ?
Une courte métaphore peut nous donner l’explication :
” Un homme achète un jour une paire de chaussures. Elles sont belles et solides, et la semelle est épaisse. Sortant du magasin, il marche sur un clou qui vient se planter dans l’une de ses chaussures. Mais l’épaisseur de la semelle l’empêche d’affleurer à l’intérieur.
Notre homme marche et marche encore. Ses chaussures ne sont plus neuves, mais elles font bien leur office. Toutefois la semelle s’use imperceptiblement. A force, le clou finit par affleurer. Et tout à coup, l’homme en ressant la piqure. “Tiens se dit-il, je viens de marcher sur un clou”. Son diagnostic est bon, mais pas l’estimation du délai. Le clou était là depuis longtemps. ”
Nous avons de telles ressources qu’il nous est possible d’avancer et de faire face, tant bien que mal. Mais quand nos défenses sont submergées, les conséquences des traumatismes et des stress anciens se révèlent à nous. Parfois à des années de distance. Inutile de chercher juste avant : l’inconscient ignore la durée.
Une enquête datant de la fin du siècle dernier ( c’est à dire en 1999) croyait récuser la participation psychosomatique dans l’émergence des cancers du sein : en effet, elle ne retrouvait pas de traumatisme notable, avec une fréquence statistiquement significative, dans les 18 mois précédent l’apparition de la maladie.
Mais la conclusion hâtive ne tenait pas compte de l’épaisseur de la semelle. 18 mois est un délai bien trop court.
Parfois c’est toute une vie qui se récapitule dans le drame. Et la pointe du clou vient frapper au plus intime.
Dr Christophe Marx

Ouvrir son cadre de référence

On dirait qu’elle s’appelle ANNA.
Elle est assistante sociale, mais elle pourrait être médecin, thérapeute, ou exercer n’importe quel métier. Ce n’est pas important pour cette histoire.
Elle a toujours été une militante, féministe entre autres.
Elle aime aider les gens, elle a un cœur gros comme çà .
Anna connaît des femmes qui sont maltraitées par leur mari. Certaines sont voilées, mais ce n’est pas un problème ethnique et dépasse nationalités, cultures ou religions.
Elle est choquée, et pense que ces femmes battues devraient partir, prendre leurs enfants sous le bras. On ne doit pas tolérer l’intolérable.
C’est clair dans sa tête, c’est pile dans ses valeurs. Fermez le ban.

Ce jour-là , Anna dû faire face à une situation très ennuyeuse ; le mari d’une des femmes dont elle s’occupe est venu protester auprès d’elle.
Le ton a monté, elle a tenu bon. Inutile de s’appesantir sur le contexte, la pointe de l’histoire est ailleurs.
Voilà la situation qui dérape, Anna a peur tout à coup. Elle tourne les talons, s’enfuit. Il la poursuit en hurlant, la menace. Elle se réfugie dans un bureau voisin, verrouille la porte derrière elle.
Elle s’éclipsera par la porte arrière. Certes tirée d’affaire, mais la chamade au cœur.
L’homme finira par se calmer. L’anecdote, si banale hélas, s’arrête là .
Mais Anna a vécu dans son corps, au plus intime de ses émotions, une expérience nouvelle.
Depuis, son regard a changé.
Elle a découvert qu’elle n’a pas été capable de tenir tête à cet homme, alors qu’elle était en position institutionnelle de le faire.
On ne peut pas dire si facilement : « dans cette situation, une femme n’a qu’à … »
Elle a compris que la peur paralyse.
Et aussi que ces femmes, qu’elle jugeait un peu vite, méritaient d’être entendues et accompagnées à partir de là où elles étaient vraiment, et non à partir de schémas tout faits.
C’est au cœur de sa faiblesse qu’ Anna a développé un point fort.
C’est souvent ainsi que va la vie.

Morale :

L’état du Moi Enfant est le membre fondateur de la personnalité. Il a droit à – au moins— 51% des actions. Il s’est adjoint les services d’un technicien ( l’Adulte) et enfin d’un Commissaire aux Comptes ( le Parent) .
On peut difficilement élargir son cadre de référence si l’Enfant n’est pas de la partie.

Dr Christophe Marx

Les étapes du changement

Dépendances, dépression, phobie, échecs, manque d’affirmation de soi…
Il est possible de « s ‘en sortir ».
Mais pas comme un déclic. L’aventure se déroule dans le temps, avec un rythme qui lui est propre. Et dont on ne découvre le tempo qu’après coup.
Laissons à une métaphore le soin d’éclairer notre lanterne.
Histoire en cinq épisodes
1- Je marche dans la rue. Il y a un trou dans le trottoir. Évidemment, je tombe dedans. Je reste une éternité dans ce trou. Je ne sais pas où je suis. Il fait noir, et de toutes façons je ferme les yeux.
2- Je marche dans la rue. Il y a un trou dans le trottoir. Je tombe dedans. J’y reste un certain temps, mais j’ai les yeux ouverts et je regarde autour de moi.
3- Je marche dans la rue. Il y a un trou dans le trottoir. Je tombe dedans. Mais je ressors tout de suite. Pas question de rester une seconde de plus dans ce trou noir.
4- Je marche dans la rue. Il y a un trou dans le trottoir. Je le repère à l’avance, et je le contourne sans tomber dedans.
5- Je ne marche plus dans les rues où il y a autant de trous !

On ne passe pas directement du premier épisode au cinquième.
La vie se charge parfois de nous faire évoluer.
Mais si l’on veut accélérer le mouvement ( certains estiment que la vie est courte ), il peut être opportun d’y mettre du sien.
Par exemple en cherchant comment « y comprendre quelque chose ». Avoir quelques grilles de lecture, d ‘interprétation.

Nombreux sont ceux qui pensent que l’Analyse Transactionnelle, une approche juste et pointue est un outil utile pour cette compréhension.
Une douzaine d’heures peuvent suffire pour comprendre de quoi il retourne. Après, si on veut, on peut continuer à se former. Progressivement, à la carte…

Dr Christophe Marx

Retour à la liste des publications

Aucun commentaire

Réagissez au texte