Chacun dans sa bulle

Histoires vraies….
Banlieue parisienne, 21h.

Le voyageurs de ce RER de banlieue ont  tous une expression lasse et compassée.

Ils ont presque tous des écouteurs dans les oreilles, certains dodelinent de la tête, d’autres poursuivent une conversation, le micro collé contre la bouche.

Chacun dans sa bulle.

Une jeune fille s’assoit devant moi. Elle tient son smartphone devant son visage et tapote frénétiquement, à deux pouces.

Et tout à coup, elle esquisse un sourire.

Les yeux restent concentrés sur l’écran, mais la commissure s’est soulevée, c’est incontestable.

Et voilà qu’elle se met à sourire franchement, son visage s’éclaire.

Le dialogue électronique la transfigure peu à peu.

Voilà qu’elle se met à pouffer, sans chercher à masquer sa joie.

Elle est dans son monde, et semble s’y trouver bien, communiant joyeusement avec son interlocuteur. Tout à coup, elle lève les yeux, découvre qu’elle est arrivée à destination, enfourne son téléphone dans sa poche et se lève d’un bond.

Je pense être le seul à avoir bénéficié de cette éclaircie de fraîcheur et d’enfance.

Les autres n’ont rien remarqué.

Chacun dans sa bulle.

Montpellier, 17h15.

Le tramway est bondé, mais j’ai réussi à me faufiler jusqu’à ma place préférée , derrière la conducteur. La cloison qui le sépare des voyageurs est vitrée, et je me régale de voir son poste de pilotage, ainsi que  la rue de face, et non latéralement comme les autres voyageurs.

Nous allons croiser le tram qui vient en sens inverse. Une situation banale, un non-événement Et à ma grande stupeur, le conducteur fait un signe de la main à son collègue.

Ils se sont vus au dépôt, ils se sont déjà croisés sans doute plusieurs fois sur le trajet.

Ils sont chacun dans leur bulle, mais ils s’aperçoivent et s’envoient un signe amical.

Je modère mon enthousiasme intérieur pour cette discrète marque de rébellion contre l’atomisation qui nous isole : ce doit être un copain, ou  il ne l’a pas vu depuis longtemps, bref il doit avoir une raison particulière pour être ainsi sorti du fonctionnement strict et impersonnel de son tramway.  Au croisement le véhicule suivant, nouveau signe de la main.

La marque d’amitié n’est pas exceptionnelle. Peut-être est-elle même systématique, ritualisée.

Qu’importe.

On n’est pas chacun dans notre bulle.

TGV, sur le trajet Nîmes Paris.

Mon voisin me voit écrire sur mon Mac. Il me fait un clin d’œil complice. Et  du coup, me propose,  d’un geste,  de piocher dans le paquet de biscuits qu’il vient de rapporter de la voiture –bar.

Brisons les bulles : c’est facile, ce ne sont que des bulles.

L’air pur de cette modeste et subtile  fraternité permet de respirer et parfois de survivre.

Dr Christophe Marx

Septembre 2013

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