Rhinencéphale

Les êtres humains sont sensibles aux odeurs.Bien moins que nos amis les chiens, mais un peu quand même.

Il y a des fleurs qui, bien que sublimes, ne sentent rien.

Ce manque à sentir bon n’est pas acceptable.

Certes, il  vaut mieux se taire que dire des idioties.

De même sans doute,  mieux vaut ne rien exhaler, que de répandre du nauséabond.

D’où vient ce tabou qui nous oblige à ne parler des odeurs que si elles sont agréables ?

Vous voilà dans une salle de cinéma, confortablement installé devant un bon film. Tout va bien.

Mais le monsieur d’à côté sent la crasse.

Ou bien c’est la dame dont le manteau exhale un fumet de naphtaline.

Ou encore le parfum entêtant de la jeune fille en face : elle en a mis trop, on n’aime pas ce patchouli ou ce vétiver, et c’est le même parfum que porte votre mère ou votre ex, ou votre secrétaire…

Le film est gâché.

Tous les souvenirs cinématographiques sont irrémédiablement pris au piège dans le cerveau et associés à l’odeur sournoise.

Oserai-je évoquer également la mauvaise haleine, qui a flingué tant de rencontres pourtant prometteuses à bouche fermée ?

Le délit est parfois plus discret : on fait la bise, et les cheveux sentent un peu la sueur. Le relent a beau être subtil, on est déçu, car on attendait le frais, le propre, le fleuri…

On s’interdit même de penser à ce propos : même dans le silence de notre tête, l’odeur ne doit pas être stigmatisée.

«  Tu pues ! » est dans le Top Five des injures blessantes.

«  Je ne peux pas le sentir ! » recèle sa dose de virulence.

Heureusement, la nature nous a doté, concernant nos propres   mauvaises odeurs corporelles, d’une remarquable tolérance.

Voire  d’une certaine appétence, pour certains.

Nous allons pouvoir rester proches de nous-mêmes.

Propres ou sales, peut-être mais sui generis !

Ce que nous détestons, c’est la souillure.

C’est l’envahissement qui rôde, le vénéneux qui déborde, l’extérieur qui s’infiltre, l’étrange qui  pollue.

Pour garder les frontières de notre identité, fidèle et discret, veille le rhinencéphale.

Dr Christophe Marx

Novembre 2013

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