De profundis

Le trésor n’est jamais à portée de main.

Il est caché la plupart du temps sous une épaisse couche de fumier.

Il nous faut passer des épreuves.

Pas comme on dit passer   » l’épreuve  » du bac.

Non, être éprouvé, c’est avoir à faire la preuve que nous savons rester debout face aux blessures et aux coups de boutoir.

Etre éprouvé, c’est rencontrer l’épuisement total, le découragement, l’impuissance désemparée, la solitude glaçante, la plaie inguérissable, la honte fracassante, la sensation de mort qui coule dans nos veines, l’absurde et l’incohérence, la victoire ricanante des pervers…

Etre éprouvé, être mis à l’épreuve, c’est être retranché du monde des vivants, de ceux qui  ont encore un espoir, même petit, même minuscule.

C’est  prendre en pleine face l’abandon majuscule et sans appel.

C’est constater que l’on ne peut rien faire d’efficace, et qu’on aggrave tout dès lors qu’on tente quoi que ce soit.

Attendre, immobile.

Ou s’agiter.

On n’est plus aimé par quiconque. On ne peut plus aimer quiconque. La terre est vide autour de nous, le ciel est vide.

L’angoisse seule,  comme un diable sardonique, prend toute la place dans notre ventre, dans notre tête, dans notre coeur.

Ce n’est même pas le fond de l’impasse, car alors on aurait un but: celui de pouvoir faire demi tour.

Etre éprouvé, c’est exister sans but, c’est lutter pour rien, c’est  presque aspirer à la mort dont on attend naïvement qu’elle nous soulagera.

Pas seulement arasés, mais abrasés, nous nous heurtons à l’acier et à  l’os, au tranchant, au piquant, au scorpion sans âme.

Pas un rocher où reposer sa tête, pas une image amie où appuyer son regard, et l’interdiction de quitter la partie.

L’espoir, comme la chaleur du soleil, a disparu de notre chair.

Comment supporter encore et encore cette souffrance ?

C’est alors qu’il nous faudra guetter les subtils indices que le  trésor est à proximité.

C’est quand il fait nuit, qu’il est beau de croire à la lumière.

Car nous avons été, du simple fait d’avoir survécu, trempé comme un acier.

Une force inexplicable nous a permis de tenir, pas à pas.

Un grain de lumière dans l’obscurité totale. On n’en croit pas nos yeux.

L’ inimaginable promesse que  repos et  tendresse continuent d’exister quelque part et nous attendent  en frémissant d’amour.

Une légère musique dont on ne sait pas d’où elle vient. A peine audible : on n’en croit pas nos oreilles.

Et peu à peu, le vent adonne. Moins violent, il semble maintenant  nous accompagner. Nous pousser délicatement vers l’avant.

Comme si on pouvait s’y adosser.

Le temps qu’on aura passé dans l’épreuve nous aura semblé une éternité.

Mais la petite flamme de vie ne s’est jamais éteinte.

Flammèche ou brasier, elle s’appelle l’espérance.

Christophe Marx

Juin 2017

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