Envie et jalousie sont dans un bateau

Envie et jalousie : Voilà  deux mots que l’on confond souvent.

On pressent vaguement que c’est mal, et pourtant ce sont des affects qui nous sont familiers.

Mettons à part l’envie dans son sens quotidien : j’ai envie d’aller aux toilettes, j’ai envie d’un baba au rhum…

L’envie, la vraie c’est du lourd.

Ca consiste à vouloir s’approprier ce qui appartient à un autre. Au lieu de tout simplement ( !) rebondir sur ce désir pour aller vers ce qui nous fera exister comme sujet. Non plus prédateur, mais bâtisseur d’une vie qui nous soit propre.

Si j’ envie mon voisin qui a une belle voiture, je peux me servir de ce désir pour m’ offrir moi aussi une belle voiture, plutôt que lui voler la sienne, ou lui crever ses pneus !

La jalousie, c’est un sentiment complexe, proportionnel à l’attachement qu’on ressent pour une personne, un objet, un lieu… On a envie de protéger la relation, on est furieux que quelqu’un l’abîme : c’est bien d’être jaloux.

Point trop n’en faut, certains comportements de jaloux côtoient la pathologie.

Mais le principe de la jalousie  n’a rien de choquant. A condition de se comporter comme une grande personne, respectueuse des limites des autres et des limites éthiques….

Jaloux comme un enfant de quatre ans, ça ne passe plus après … quatre ans !

Je cherchais des exemples, et voilà que je vais tomber dans la confidence.

Je suis envieux, jaloux… et là, pour moi-même, tout se mélange.

Tout commence pour moi à dix ans, quand le maître nous rend une rédaction. Je suis  particulièrement fier de mon œuvre. Effectivement, je récolte un beau 14/20.

Mais patatras, trois autres copies font mieux que moi ! Je reconnais en les lisant que les idées sont neuves  ( mais pourquoi n’y ai je pas pensé ?), que le style est agréable, bref quel la note est méritée. Je n’avais même pas imaginé qu’on puisse avoir, sur le sujet demandé, un autre avis que le mien. Et  j’aurais tant aimé avoir écrit moi-même ces dissertations !

Pourquoi est-ce Jacques Brel, et pas moi qui a chanté, à propos d’amoureux au milieu de la foule à Orly :

« Tout entourés qu´ils sont
D´adipeux en sueur
Et de bouffeurs d´espoir
Qui les montrent du nez
Mais ces deux déchirés
Superbes de chagrin
Abandonnent aux chiens
L´exploit de les juger » ?

Je trépigne devant l’évidence que ce n’est pas moi qui écrivit  «  La première gorgée de bière » et  l’immense  «  Je vais passer pour un vieux con ».

Philippe Delerm, je te déteste autant que je t’admire.

Cerise sur le gâteau, voilà un médecin qui raconte des anecdotes à propos de son métier.

C’est émouvant, drôle, profond, varié, généreux…

Et, comble de la simplicité, son blog ne donne pas le nom de l’auteur, ni son prénom, et je ne suis  même pas sûr de ses initiales.

J’ai mis  http://alorsvoila.centerblog.net/  dans mes favoris.

L’humanité est belle,  et j’ai tort  d’être jaloux.

Ce soir, j’ai juste envie d’écouter Jacques Brel, de relire Delerm, et de serrer dans mes bras cet abruti de alorsvoila qui me fait rire et pleurer juste avec ses mots.

Au fond de moi pourtant,  tous ceux-là qui font ce que j’aurais aimé faire, je les déteste.

Je veux dire, je les déteste vraiment !

Christophe Marx

Février 2013

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