Blasphèmes

–       Oh, mon Dieu, j’ai oublié d’acheter des timbres !

Mon interlocutrice, comme en arrêt sur image, s’est figée sur place.

Je modère son hyperbole :

–       Tu sais, tu peux m’appeler Christophe, tout simplement.

–       Idiot, réplique –t-elle, c’est une façon de parler. De toute façon je ne crois pas en Dieu.

–       Pouquoi ? Qu’est-ce qu’il t’a fait ?

–       Rien, puisqu’il existe pas ! Non, ce qui me défrise, moi c’est le Saint Esprit !  D’abord, il engrosse une pauvre fille mère qui n’a rien demandé à personne. En plus il la laisse accoucher dans une étable, c’est pas sympa. Il aurait pu assurer vu ce qu’il est capable de faire. Ensuite, ça m’énerve qu’on le mette à toutes les sauces. Tiens, prend l’élection du pape, par exemple. On nous dit que c’est le Saint Esprit qui va décider, alors que c’est une élection tout ce qu’il y a de plus classique, avec enjeux politiques cachés, vote à bulletins secrets et papabile à tous les étages !  Le plus étrange, c’est que, si le pape n’est pas élu au bout de cinq jours, les cardinaux sont mis au pain sec  et à l’eau.  Tu parles d’un esprit « Saint »  !

–       J’admets. Mais le principe d’avoir un papa, c’est tentant quand même.

–       Merci bien, pour qu’il nous interdise  tout ce qui est sympa ! Sa devise c’est «  Faites tout ce que vous voulez du moment que ça ne vous fait pas plaisir !  »

–       C’est vrai que cette religiosité mièvre et puritaine, c’est insupportable. Mais je rêve  quand même d’un vrai bon papa. En qui je pourrai avoir confiance car il serait fort, intelligent, bienveillant.  On dirait qu’il me montrerait la beauté du chemin,  mais sans me l’imposer.  Je pourrai me confier à lui, puisqu’il me jugerait pas. Il me permettrait de soupçonner le meilleur en moi et en chacun. Il ne serait jamais mon rival et se réjouirait de mes succès. Devant mes échecs, il me consolerait, et m’aiderait à trouver la leçon. Il serait sûr de ses valeurs et n’aurait pas besoin d’ouvrir la bouche pour les défendre : pour les connaître, il suffirait de s’approcher de lui et de le regarder vivre. On pourrait se détendre près de lui, jouer et rire. Et surtout, quand on s’éloignerait de lui, son amour nous accompagnerait.

–       Pas mal, comme programme ! Et qu’est-ce que tu dirais si te le trouvais, ce papa ?

–       Habemus papam !

Christophe Marx

Mars 2013

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