La confiture, ça dégouline…

Méfions-nous des idées reçues.

Benoît Dardenne et son  équipe de chercheurs de l’université de Liège ( Belgique), ont  réalisé l’expérience suivante –détaillée dans une prochaine parution de la revue Sex Roles  :

On convoqua pour un entretien d’embauche quelques dizaines de femmes d’une vingtaine d’années, et de  niveau études supérieures.

Elles furent reçues individuellement  par un homme ( notez ce détail) qui leur annonça qu’elles allaient  passer un test d’intelligence.

Ces femmes étaient  en fait divisées en trois groupes :

Le groupe A entendit  du recruteur les propos suivants : «  Les femmes que nous recruterons travailleront plus avec des hommes qu’avec des femmes, et cela ne devrait pas poser de problème ».  Discours neutre.

 

Le groupe B entendit  la même phrase, assortie du commentaire suivant :  «  Même si les femmes demandent toujours des faveurs particulières  et sont facilement choquées par les remarques triviales. » Le sexisme est manifeste, et le discours fait ici  passer les femmes pour des « emmerdeuses ».

 

Enfin, le groupe C entendit  pour sa part la même phrase neutre, mais assortie d’un autre commentaire : «  Car tout le monde pense que la présence des femmes permettra à l’entreprise de bénéficier de leur sens moral et de leur bon goût ». Ici, le sexisme est à l’œuvre dans l’autre sens,  présentant « les femmes » comme formidables.

Que croyez-vous qu’il arriva ?

 

Ce  furent  celles du troisième groupe qui obtinrent les plus mauvais scores aux tests cognitifs, évoquant  au cours du débriefing des sentiments d’incompétence et de manque de confiance, nettement plus marqués que dans les deux autres groupes.

Ressentant sans doute une certaine pression,  et la barre trop haute, elles en perdirent une partie de leurs moyens.

Celles du groupe B ne furent pas mauvaises, sans doute boostées par le challenge de faire mentir ces machos !

 

Alors, un conseil à tous les complimenteurs zélés : attention aux effets pervers des signes de reconnaissance positifs :

–   Ils peuvent mettre la pression ! «  J’ai peur de ne pas être à la hauteur de la confiance qu’on me fait ! »

–   Ils peuvent ( à tort ou à raison) être suspectés de manipulation : «  On me flatte pour avoir le fromage que je tiens dans mon bec ! »

–   Ils peuvent manquer d’authenticité, s’ils sont généraux,  peu sincères, ou   proférés mécaniquement.

–   Ils peuvent s’annuler par leur nombre : «  trop de compliments tuent les compliments ! »

–   Ils peuvent agacer la personne : allez complimenter sur sa silhouette une jeune femme qui se fait siffler dix fois par jour dans la rue. Elle aimerait sans doute que vous aimiez aussi parler avec elle de son mémoire de DEA sur «  L’approche existentialiste dans la phénoménologie du développement durable chez Schopenhauer » !

–   Ils peuvent surtout enfermer la personne dans une bulle de politiquement correct,  et se transformer en jugements de valeur, tout aussi nocifs qu’une dévalorisation injustifiée.

 

Et pour les complimentés, ne chipotez pas sur les « strokes »* positifs    que vous recevez .

 

Mais restez lucides : la  reconnaissance est une chose trop sérieuse pour être laissée … aux complimenteurs !

 

Dr Christophe Marx

Juin 2010

 

*  stroke :  le terme d’analyse transactionnelle  désignant un signe de reconnaissance

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