La contremarque, une méthode pour prévenir les interruptions prématurées du lien thérapeutique

Article paru dans la revue Actualités en Analyse Transactionnelle en 1994

LA CONTRE MARQUE
Echange de symbole et symbolisme de l’échange

Une contre marque, c’est le petit carré de papier ou de plastique que la dame du vestiaire vous délivre lorsque vous lui confiez votre manteau.
Muni de votre contre marque, vous restez propriétaire de votre manteau : il vous suffira de la présenter pour récupérer votre vêtement.
Ce système vous permet donc d’avoir votre manteau … sans l’avoir !
Inversement, sans contre marque, ne cherchez pas à obtenir quoique ce soit : il y a réelle équivalence de valeur entre le manteau et l’objet qui le symbolise.

Cet article vise à exposer une intervention d’ordre symbolique, destinée à prévenir les interruptions prématurées de thérapie, en rapport avec des sabotages scénariques.

L’analyse du processus

L’indication de cette technique se base sur le repérage d’un sabotage répétitif dans la vie de la personne, et qui risque donc de se reproduire dans le processus même de la thérapie.
Ce sabotage peut être mis à jour ,soit spontanément par le client, soit à la suite d’une question du thérapeute, par exemple:
” Que se passe-t-il en vous, ou autour de vous lorsque vous avez envie de partir et de tout laisser tomber ?”
La personne décrit alors une situation et admet en général qu’elle ne peut exclure un tel sabotage au sein même du lien thérapeutique.
Le processus répétitif peut alors être éclairé par la question suivante:
” Que pourrait-il se passer dans la thérapie pour que vous ayez envie d’abandonner le travail sur vous même ?”
Il est par exemple fréquent d’entendre les réponses suivantes :
” Si je me sens rejeté ou humilié “
” Si je vois que ça n’avance pas”
” Si je perds confiance”
” Si mes symptômes s’aggravent “
etc…
Le client est invité à préciser les indices qui lui permettraient d’en tirer ces “conclusions” .Citons par exemple :
“Si je vois que vous vous intéressez plus aux autres membres du groupe qu’à moi”
“Si vous vous fâchez contre moi”
” Si vous êtes injuste”
“Si vous me ridiculisez devant les autres”
etc …
Un échange Adulte-Adulte a lieu ensuite à propos de la probabilité qu’une telle situation se reproduise effectivement.
Le côté répétitif et surtout prévisible en affirme alors l’aspect scénarique.

Comment alors sortir de cette double contrainte?

Car double contrainte il y a .
En effet, ou bien on demande au client de renoncer à son sabotage : cela revient à lui demander de ne pas ressentir ce qu’il ressent, ni de penser ce qu’il pense . En effet, le propre de la situation scénarique est d’être subjectivement vécue comme parfaitement ” à soi” : la personne, au plein coeur de son sabotage et de ses méconnaissances, est peu sensible à des messages l’encourageant à “être lucide”, à “se rendre compte”, à “cesser de méconnaitre” …
On peut même dire que le problème clé est précisément là , au coeur même du processus et que si la personne était capable de changer toute seule, elle ne viendrait pas en thérapie.
Si la personne pouvait renoncer à son sabotage uniquement parcequ’on la confronte, son problème serait aux trois quarts résolu.
Le client est en début de thérapie : le problème affecte sans aucun doute des structures archaïques de sa personnalité ( P1) , hors de portée des confrontations dans le contenu.
Ou bien on demande au client de s’engager à ne pas abandonner la thérapie quoiqu’il ressente ou pense. Cette abandon volontariste au projet du thérapeute risque fort de favoriser une symbiose, dont la facture sera présentée rapidement.
Ou bien encore on laisse le client partir à sa” guise”, fût-ce par sabotage . Cette chronique d’un sabotage annoncé est alors vraiment dommage, voire dommageable .
Face à ce dilemme,peut-on se montrer déterminé et efficace, sans être pour autant pathogène ou symbiotique ?.

La contre-marque proprement dite

Cette situation, dans sa globalité, est clairement exposée au client.
Je lui propose alors de lui fournir une contre marque pour son sabotage.
Je lui donne un carré de papier ( la forme carrée insiste plus sur l’aspect “objet d’échange” qu’une banale feuille de papier de taille standard) sur lequel je lui propose d’écrire son sabotage : par exemple ” Vous me dévalorisez à ce point que je veux partir !”
Le mot CONTRE MARQUE est inscrit alors en gros et nous signons tous les deux. Cette double signature symbolise l’accord de nos Adulte sur le diagnostic de la situation.
Et il met le carré dans sa poche.
Lorsque la situation de sabotage se présente, le client me rendra alors la contre marque au lieu et place de s’en aller.
Son énergie mentale n’aura pas été gaspillée à se souvenir ” qu’”il ne doit pas se sentir dévalorisé” , ni la mienne à éviter telle ou telle intervention risquant de précipiter son départ.
Me rendre sa contre marque équivaut à me dire :
” J’ai en ce moment l’irrésistible envie de tout laisser tomber. Ce papier sur lequel la situation actuelle est décrite me démontre qu’il s’agit bien d’un sabotage scénarique. Je viens donc reprendre la responsabilité de ce que je veux vraiment : réaliser mon contrat.”
Le détour par la contre marque aura stimulé l’Enfant Libre et encouragé sa participation dans la réalisation du contrat .
L’autre avantage consiste à donner au client une part active ( c’est lui qui décide de rendre la contre marque) , de telle sorte que la situation, non seulement ne soit plus crainte ou repoussée, mais accueillie, justement pour pouvoir la dépasser, l’exorciser, en quelque sorte.
Le thérapeute est délivré ainsi de la vigilance que nécessiterait le fait de se souvenir de tous les sabotages de ses clients.
Il est envisageable que le client perde sa contre marque,ou décide de partir néanmoins sans la rendre , ou bien encore méconnaisse la situation inscrite sur la contre- marque….
Toutefois, depuis cinq ans que j’utilise cette symbolique, aucune de ces trois situations ne s’est produite : je pense que cela tient au fait que le Petit Professeur se sent engagé dans le processus, et qu’il est rare qu’un sabotage “gigogne” ( c’est à dire emboité dans le premier sabotage, comme les poupées russes) survienne au cours d’un tel processus.
Rendre les contre marque s’est toujours passé dans un climat émotionnel fort et positif : les clients gardent de ce moment une impression de libération et de responsabilité, qui en font un des souvenirs les plus importants de leur thérapie.

Cas particuliers

Il peut arriver qu’une personne dise : ” Oh! tel que je me connais, je n’abandonnerai pas si vite . Je ne partirai pas à la première alerte.”
Th- ” Combien de fois faudra-t-il que cela se passe avant que vous décidiez de partir ?
Le client pourra répondre ” deux fois”, ou “trois fois” ( rarement plus de “cinq fois”). Il est opportun alors de confectionner autant de contre marque.
Le client les rendra au fur et à mesure que la situation se répétera. Lorsqu’il aura rendu la dernière contre marque , alors le travail intérieur sera fini : il n’ y a rien là de magique. Il s’agit d’une simple auto-programmation semi consciente .
Parfois la personne va terminer sa thérapie sans avoir eu recours à ses contre marque : il est probable que le fait de les avoir par devers lui aura été protecteur : il n’aura pas eu besoin de se saboter puisqu’il “savait” que le piège était désamorcé à l’avance.
Il rendra sa ou ses contre marque au cours du feed-back d’aurevoir, puisqu’il n’en n’aura plus besoin.
Parfois, la personne qui a réclamé plusieurs contre marque décide néanmoins de les rendre en totalité dès le premier épisode .
Au cas où les contre marque sont numérotées ( par exemple N° 1, N°2, N°3 ), il arrive que le client rende en premier “sans faire attention” celle marquée du dernier chiffre, rendant ainsi caduques, par cet acte manqué, les contre marque antérieures : l’Enfant s’amuse beaucoup des facéties de son inconscient, enfin mises au service des progrès plutôt que du sabotage !

CONCLUSION

Le procédé de la contre marque permet de réintégrer à l’intérieur du processus thérapeutique la situation même d’un sabotage scénarique susceptible d’interrompre la thérapie.
Il permet de nombreuses variantes créatives, économise de l’énergie mentale et de la vigilance, et stimule l’Enfant en lui prouvant que les stratégies protectrices du Parent ne sont pas toujours aussi ennuyeuses et contraignantes que ses croyances scénariques pouvaient lui laisser croire.

Dr Christophe Marx

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