Famille et conjugalité : un débat finalement très actuel

Il semble évident pour chacun qu’une famille se définit à partir de la naissnce de l’enfant.
Avant, on “est ensemble”, c’est tout, et sous-entendu : tant qu’on s’entendra bien.
Et, pour la plupart des gens, fonder une famille, c’est avoir un ou plusieurs enfants, éventuellement à tout prix.
On imagine que la principale fonction parentale est d’ aider l’enfant à atteindre le plus grand bonheur possible tout au long de sa vie.
L’élément le plus important de la machinerie familiale serait donc le lien de filiation : le lien conjugal, pour sa part, est devenu révocable et exclusivement sous-tendu par le concept de sphère privée.
Le couple conjugal, loin d’être un pôle fondateur de la famille est devenu un élément optionnel.
Tout ceci est bien la conséquence du louable projet de se débarasser des contraintes du mariage à l’ancienne, afin de le parer d’attributs plus modernes : liberté, égalité et dialogue;

Même devenue mère, une femme reste une femme, et même devenu père, un homme reste un homme.

Certes.

Mais la question persiste toutefois : peut-on complètement dissocier le lien parental du lien conjugal ?
La question n’est pas que psychologique, elle est aussi sociale;
Tout se passe comme si les enfants avaient à faire face à un “défect” conjugal, un trou, un manque… avec lequel il faut bien qu’ils se débrouillent..
Certes le divorce est pourvoyeur de telles situations, mais pas moins que ces familles dites “stables”, où l’on reste ensemble “à cause des enfants”, et dans lesquelles le désir et l’amour sont partis voir ailleurs s’ils y étaient.
On peut émettre l’hypothèse, à partir d’un travail clinique que ce n’est pas seulement de parents, dont les enfants ont besoin mais d’un couple conjugal.
Le lien conjugal semble en effet indispensable pour soutenir la fonction parentale ( on n’est pas trop de deux pour élever un enfant , et si vous en doutez, attendez l’adolescence du vôtre!), pour permettre la séparation d’avec les enfants ( on ne quitte “bien” que des parents qui vont “bien”) et pour un lien social, qui alimente le fameux tissu, de communication, de solidarité, de complémentarité entre les êtres humains.

Qui peut, en effet se prétendre “père” sans qu’une mère l’ait confirmé ? Quelle est la mère qui n’a pas souhaité, au moins un jour, que le père de son enfant la désigne dans sa maternité ?
Lacan, et bien d’autres avec lui, disaient que c’est la mère qui désigne le père.
Reconnus et valorisés l’un par l’autre, père et mère peuvent alors occuper leur place, leurs différences…. et leur sexe.

Même dans la famille recomposée, le lien conjugal continue de soutenir la tâche parentale.

Mais il y a aussi, tôt ou tard à se quitter, et c’est parfois aussi difficile pour les parents que pour les enfants.
Philippe Julien écrit justement :” la vraie filiation est d’avoir reçu de ses parents le pouvoir effectif de les quitter à jamais parce que leur conjugalité était et reste première.”

Enfin, le lien conjugal est social parcequ’il est alliance.
C’est dans cette persepctive qu’Albert Donval peut dire que “c’est toujours une alliance qui inaugure une nouvelle famille, juqu’au moment où une nouvelle alliance — celles des fils et des filles, vient en changer le cours.”
On connait les dégâts psychologiques provoqués par ces familles repliées sur elles et sur l’enfant.
Le “je t’aime ” s’accomode du secret de l’alcôve, mais cette alliance demande d’être annoncée et encouragée par les autres ( France Quéré).
Certes, on a tous besoin d’appartenir, mais on a besoin également d’être autonome !
Ces deux besoins, aussi légitimes l’un que l’autre, peuvent entrer en conflit et demandent à être comblés.
Ce cheminement qui va du couple à la famille est un symbole qui se trouve à la jonction entre l’individu et le groupe.
Citons à ce propos Monique Dupré La Tour : ” Ce travail psychique renouvelle, réorganise l’héritage psychique comme la conception est une réorganisation de l’héritage génétique à chaque génération.
C’est à travers la conjugalité que le travail de reprise, de réélaboration de l’histoire de chaque conjoint se reprend pour une transmission qui ne soit pas que répétition.”
Alors, comment trouver les mots pour contredire ceux qui pensent que c’est l’enfant qui fait une famille ?
Laissons simplement à l’enfant le soin de superposer au couple conjugal un couple parental.

En grandissant, il renverra ses parents à leur conjugalité et aura tiré profit de l’un et de l’autre :

C’’est en tout cas ce qu’on peut lui souhaiter !

Dr Christophe Marx

Retour à la liste des publications

Aucun commentaire

Réagissez au texte