Le cadre de référence et l’altérité

La psychologie nous parle de “cadre de référence” : c’est l’enclos  psychologique dans lequel nous vivons, souvent bien seuls.
Il est fait de notre univers mental, de notre histoire, de nos valeurs et de nos désirs…
Il est fort  difficile de le bouger, de l’ouvrir.
Et de le partager avec les autres.
Notre voisin, notre conjoint, notre fils, notre sœur, notre compatriote sont autant “d’autres”.
On est toujours l’autre de quelqu’un.
Nous avons  des points communs : notre nature humaine.
Nous avons des raisons de nous aimer, et de chercher la fraternité –  qui a d’ailleurs sa part d’ombre : les frères ennemis !
Nous avons des raisons de nous supporter tant bien que mal : il faut bien vivre ensemble.
Nous avons des raisons de nous haïr et de nous venger. Émotions obligent, et recherche effrénée de justice.

Et la plupart du temps, on ne se comprend pas, on ne se connait pas. Ce n’est pas  forcément grave, il suffit de limiter les dégâts que peut engendrer la peur.
Quand on a grandi dans une famille nombreuse, le vécu d’un enfant unique nous est aussi étranger qu’un rite vaudou.
Et réciproquement.
J’ai contacté grâce à “Copains d’avant” un gars de ma classe de seconde. Proposition d’une soirée autour d’un repas.
Il a répondu à mon mail : ” Je ne vois pas ce qu’on aurait à se dire”. Il a raison. J’ai laissé tomber ce projet de rencontre, sans amertume ni regret.
Tout est susceptible de nous rendre “autres”  les uns aux autres : être jeune ou vieux, du nord ou du sud, blanc ou noir, habiter Villetaneuse ou  la Grand Combe.
Alors c’est quoi un “autre” ?
C’est moi dans un miroir déformant, déformé ?
C’est un martien croisé avec un vénusien ?
C’est celui qui, sachant dire “Je”,  sait créer avec mon “Je”  un  ” Nous”  qui ouvrira au “Tu” ?
Bien compliqué, n’est-ce pas ?
Il doit sûrement  exister des raccourcis moins intellectuels pour comprendre comment approcher “l’autre”, et se laisser approcher.
Trois exemples de raccourcis :
– La chanson pour l’Auvergnat, de Georges Brassens. On croit la connaître, mais cette chanson mérite qu’on s’y penche une fois de plus.
– Voyage en terre inconnue, une émission TV ( en DVD également ) de Frédéric Lopez. Scénarisée, sponsorisée… d’accord. Mais quelle expérience !
– Une ancienne émission qui passait sur TF1 ( comme quoi !…) qui s’appelait ” Vis ma vie”, où une personne partageait durant deux jours la vie de quelqu’un qui la rebutait a priori ou lui faisait peur : un routier, un contrôleur du métro, les parents d’un enfant handicapé…

Ouvrons notre cadre de référence.
Mais si d’aventure, quelqu’un veut nous imposer le sien, puissions-nous avoir le courage de le refuser.

“Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire “

( Attribué à Voltaire)

Dr Christophe Marx

Août 2014

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