Manichéisme

Le manichéisme est une religion fondée dans l’Antiquité par le perse MANI, pour qui les deux principes fondamentaux sont le bien et le mal.
Dans son sens moderne, le manichéisme est une attitude simplificatrice, imprégnée de stéréotypes, qui ramène le réel à deux termes qui s’excluent : le Bien et le Mal.
On sait les dégâts d’une telle posture en politique  : G.W. Bush en avait fait son argument de vente pour déclencher la guerre au Moyen-Orient.
A dire vrai,  la majorité des hommes politiques y ont recours.
En fait, le manichéisme imprègne la quasi-totalité de notre champ mental, qui comme pour  celui des  enfants, a besoin d’un guide clair, d’une boussole calibrée, d’un repère fiable : comme dans les films : où sont les bons, où sont les méchants ?
Ce drame qui est  source de toute intolérance provient de l’éducation, pourtant promue avec la meilleure volonté du monde, par des parents excellents.
Rejoignant leurs enfants dans leur besoin de se construire un monde lisible, ils valident quelques équations qui deviendront des piliers psychologiques en béton armé par un acier trempé.
Bien= Bonheur, Mal= Malheur…
On attend des enfants qu’ils se conduisent « bien », qu’ils travaillent « bien », qu’ils soient « sages et conformes » qu’ils fassent à chaque occasion le « bon » choix…  : un avenir radieux les attend alors, comblé par une profession gratifiante, un conjoint aimant et fidèle et des enfants créatifs et rieurs.
A l’inverse, s’ils se conduisent « mal », qu’ils travaillent « mal » ( ou pire, pas du tout !), s’ils font sans cesse le « mauvais » choix, et qu’ils se montrent récalcitrants ou rebelles, alors on craint pour eux le chômage, la drogue, et la souffrance sans merci qui les conduira irrémédiablement à une mort précoce.
La menace a fonctionné pour la plupart d’entre nous, qui avons sur-développé ce que l’analyse transactionnelle nomme l’état du Moi : «  Enfant Adapté ». Nous avons conditionné notre approche, surtout en état de stress, aux seuls concepts du bien et du mal, du bon et du mauvais…
A charge uniquement  pour nous de les différencier :  cela semblait la seule difficulté puisque une fois le diagnostic fait, le « bon » choix était du coup évident.
En grandissant, on s’est bien douté que quelque chose clochait quelque part :
Des mauvais élèves à l’école gagnaient plus tard plus d’argent que les premiers de classe, et certains semblaient même plus heureux …
Des projets qui démarraient tous feux au vert ( mariage, aventure professionnelle…) finissaient pourtant parfois parcapoter piteusement, alors que d’autres, accumulant les mésaventures, capitalisaient de l’expérience et finissaient au bout du compte par s’en sortir au mieux, en tout cas grandis.
On entendit ça et là des protestations contre le manichéisme,  étrangement proférées par ceux qui semblaient le moins avertis des enjeux philosophiques : les adolescents qui renâclaient à s’échiner en classe, pour finalement pointer au chômage ou s’enfermer à vie dans un travail routinier et frustrant.
Il faut bien désormais en prendre notre parti : nul d’entre nous ne peut connaître à l’avance le bon et le mauvais.
On était prévenu depuis  le tout début du mythe du  paradis terrestre, cela dit.
Renoncer au manichéisme n’est pas un luxe réservé aux professeurs de philosophie : c’est une nécessité  pour chacun de nous.
Notre vie, notre « réel »  est  constitué de bien et de mal, mélangés, confondus.
Il semblerait que nul n’ait le pouvoir de  les séparer, et que l’on soit bien obligés de les accueillir ensemble :   impossible d’arracher l’ivraie quand le blé est encore en herbe, sans abîmer du même coup le bon grain. Laissons pousser, et espérons que la fameuse séparation salvatrice interviendra en fin de compte au moment de la récolte.
Autre est le semeur, autre est le moissonneur ! ( http://agis.fr/oui-ou-non-recolte-t-on-ce-quon-seme/)
Autrement dit, ne nous paralysons pas avec la crainte de faire  le « mauvais choix », et la nécessité perfectionniste de faire « tout bien et d’avoir bon partout ».
Heureusement la vie ne se résume pas à ces recommandations simplistes, même si certaines d’entre elles sont quand même protectrices : il vaut mieux certes enseigner à nos enfants qu’il ne « faut pas » mettre les doigts dans les prises électriques ni traverser la rue en courant sans regarder.
Une fois cela affirmé, on peut aller voir ailleurs si l’essentiel n’y est pas…
Au fait, l’ivraie en grec ancien, se dit «  zizania » !
Christophe Marx

Août  2018

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