Menteur et parjure, les yeux dans les yeux !

-«  Jérôme, je te le demande pour la dernière fois, réponds-moi les yeux dans les yeux !

As-tu oui ou non caché les bonbons que tu étais censé  partager avec toute la classe ?

Tu sais que tu as été nommé chef de classe car on faisait confiance à ta parole ! Des camarades ont cru te voir  avec un paquet de fraises Tagada dans les bras te diriger vers le petit bois derrière l’école. C’est là que tu l’as caché ?  Et où sont les Carambar ? »

Jérôme du haut de ses onze  ans a juré solennellement  et  « les yeux dans les yeux », devant ses parents, le directeur, et tous ses camarades.

On finit par trouver les fraises en gélatine, les caramels et tous les rouleaux de réglisse bien cachés dans un arbre creux.

Jérôme fut accusé de  vol, de fraude, de mensonge et de parjure.

On lui interdit de s’approcher désormais de toute friandise.

Et il dut se plier aux sanctions suivantes :

–       Interdiction de porter des vêtements de marque durant une année 

–       Travaux d’intérêt général : balayage des locaux communs et de la cour ( durant 2 ans )

–       Accès interdit à toute console de jeux ( durant un an)

–       Fouille systématique à l’entrée et à la sortie de l’école ( durant 3 ans)

–       Lecture  quotidienne de 10 pages avec compte –rendu écrit  de «  Crime et Châtiment » puis  de «  Guerre et Paix ».

–       Interdiction  jusqu’à sa majorité de tout dessert, sucrerie et autre douceur gustative, sauf le dimanche et jours de fêtes carillonnées.

 

Ses parents réussirent à s’abstenir de lui faire honte, considérant que la sanction était calibrée à la transgression.

 

Une année durant, ils se réunirent tous les jeudi soir avec le directeur de l’école, les enseignants et la plupart de ses camarades de classe. Ils avaient besoin de parler les uns avec les autres, de se soutenir mutuellement pour rester debout et droits dans leurs valeurs.

Les mots finirent par purifier peu à peu l’intolérable sentiment  d’une humanité trahie.

Jérôme, bien qu’il ne fût pas obligé, venait souvent assister silencieusement à ces réunions.

 

Certains s’offusquèrent de la sévérité de la sanction et leurs arguments n’étaient pas anodins.  «  Ce ne sont que des bonbons  et Jérôme n’est qu’un enfant… Il faut lui pardonner et oublier ! »

Mais contre toute attente,  Jérôme lui-même insista pour accomplir jusqu’au bout la pénitence qu’il avait reçue.

Quand il eut dix-huit ans, on fit une grande fête  pour lui offrir un gâteau truffé de jolis bonbons colorés : sa peine était accomplie.

Jérôme  est devenu un homme juste et intègre.

Il resta toute sa vie reconnaissant à ses parents de ne pas l’avoir rejeté ni honni, et de lui avoir montré le chemin pour devenir celui qu’il est devenu.

Et confirma à qui voulait l’entendre qu’il faut tout un village pour élever un enfant, comme le suggère un proverbe africain.

 

 

Cette fable du voleur, menteur et parjure  fut inspirée par un ministre de la République dont le lecteur aura sans doute oublié le nom dans quelques mois.

Mais la soif de justice et de  bienveillance sans complaisance persistera en chacun de nous.

Inextinguible.

Christophe Marx

Avril 2013

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