Père, passe et manque ! par le Dr Christophe Marx

«  Cet hiver qui n’en finit pas finit quand même par me casser le moral.

Les bourgeons sont aussi timides que moi devant Marjorie.

Les pâles rayons du soleil dardent… »

Fiston s’interrompt, le regard interrogatif.

-«  Papa, qu’est-ce que je peux dire après dardent… j’aime bien le mot, mais en fait je ne sais pas très bien ce que ça veut dire… »

Il avait promis d’avancer sa rédaction avant ce soir, mais il n’en est qu’au premier paragraphe.

Et encore.

A son âge, j’étais plutôt bon en classe.

Correction : à son âge, j’étais plutôt genre… médiocre.

Correction : cette comparaison n’a aucun intérêt.

Pas facile d’être un père.

Fiston a lancé, hier soir :

-«  Papa, un jour, je saurai faire mieux que toi tout ce que tu es en train de m’apprendre, pas vrai ? »

– «  Pas faux, Fiston, un jour, oui, sans doute…  Et ce sera bien comme cela ! »

– «  Alors, à quoi ça me servira d’avoir encore un père ? »

La logique implacable m’a terrassé un moment. Mais j’ai réussi quand même à articuler :

–       « Cela te servira à savoir qu’un homme existe sur terre, qui s’est engagé à n’être jamais ton  rival ! »

L’intérêt de la chose ne lui a pas sauté aux yeux dans l’immédiat.

Mais je ne désespère pas qu’il en réalise un jour la portée.

Quand lui même sera père, sans doute.

Il se rappellera alors d’une histoire édifiante que je lui ai raconté souvent :

Un homme passe un jour devant en restaurant.

Il est écrit dans la vitrine : «  Ici, c’est votre petit fils qui règle l’addition ».

Intrigué, il pousse la porte, et s’enquiert du sens de cette annonce énigmatique.

On lui confirme, la chose.

-«  Mais comment diable allez –vous faire régler à mon petit fils, qui n’est pas encore né,  je vous le précise, le montant de mon addition ? »

On lui répond sur un ton poli que cela ne le regarde pas, mais qu’il peut compter sur la réalité de la promesse.

-« Souhaitez-vous déjeuner, Monsieur ? »

L’homme, séduit par la proposition s’installe à table.

Devant la carte, luxueusement pourvue, il hésite, et commande des carottes râpées.

Le garçon lui précise :

–       «  Dois-je vous rappeler Monsieur, que c’est votre petit fils qui règlera votre repas ? »

Rassuré, l’homme penche alors pour le foie gras, le champagne et tous les mets les plus chers de la la carte.

Rassasié, il se lève se dirige vers la sortie, quand le garçon lui court après, avec une note à la main :

–       « Monsieur, pas si vite, voilà la somme que vous nous devez ! »

Il tend une note, effectivement plutôt salée.

Goguenard et sûr de son fait, notre homme rétorque aussitôt :

–       «  Je vous rappelle votre promesse ! Allez présenter cette note à mon petit fils ! »

–       «  C’est ce que nous allons faire, Monsieur, rassurez-vous. La note que vous devez payer, c’est celle de votre grand-père ! »

Christophe Marx

Mai 2013

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