Le Placebo ou la foi qui sauve – avril 18

Avoir la foi, c’est avoir confiance :  en latin on emploie  le même mot, fides.

Et l’on se doute bien que vivre dans la méfiance, le soupçon, la suspicion du pire ne nous guide pas vers le meilleur.

Placebo,  « je plairai » évoque le fait de convenir, d’être plaisant, agréé, accueilli.

Il y a donc sur la route du placebo, un plaisir attendu, ou à tout le moins de l’apaisement, du progrès,

A qui est-il question de plaire, d’ailleurs ?

Au prescripteur — qui ne prend pas le risque qu’on lui reproche un effet indésirable?

Au  patient dont le psychisme est prêt dans sa plasticité à prendre des vessies pour des lanternes, autrement dit de l’impuissance thérapeutique pour de la toute-puissance… thérapeutique également !

Luc   Périno ( lucperino.com) faisait déjà remarquer en 2008   qu’une méta-analyse publiée dans une revue prestigieuse concluait  à « l’absence de contrôle du double-aveugle dans 98% des essais cliniques dits sérieux .

Ainsi, seuls 2% des essais cliniques de médicaments allopathiques en double-aveugle contre placebo sont scientifiquement recevables ! Donc, les médicaments dits allopathiques, dont l’effet bénéfique est largement supérieur aux effets secondaires sont très rares (…) »

Pour les autres médicaments, nous sommes dépendants de nombreux médiateurs symboliques, citons en vrac :

– granules ou ampoules à répartir dans le nycthémère ( déjà ce nom commun en a guéri plus d’un)

– aiguilles, plus ou moins fines; les grosses font peur.

– textures et les goûts : les mauvais ont bonne réputation, sauf pour les enfants, gourmands impénitents.

– coloration des gélules ou de la boite : Le Débrumyl aurait parait-il doublé ses ventes dans les années 90 en passant d’une boite bleu pastel à une couleur rouge sang. Ce médicament prétend lutter contre la fatigue « quand elle n’est pas due à une maladie » ( sic)… 14€ les 20 ampoules.

– hosties, consacrées ou non par un laboratoire de recherche auto proclamé et déposées solennellement  à même la langue par un grand prêtre en  blouse blanche

– prières, invocations, intuitions, affirmations aussi péremptoires  que non vérifiées

– rituels d’obligation ou d’exclusion,  d’aliments ou de comportements.

L’important est donc d’être sauvé.

Pas soigné.

Pas guéri.

Sauvé.

Merci Docteur, vous m’avez sauvé.

Quand on veut être sauvé, que recherche-t-on en fait ?

Un sauvetage ?  Pour être tiré d’un grave danger…

Le salut ? Qui nous permet d’échapper à la mort, d’être mis  hors de péril et recouvrer … la santé ( salud).

Un sauveur ? Pour nous attacher ses bonnes grâces, au cas où nous aurions à nouveau besoin des ses services…

En tout cas,  quand on doit partir en vitesse, on dit  » bon, allez je me sauve »…

Oui, je me sauve en croyant que je vais aller mieux.

En espérant  être tiré d’affaire d’une manière ou d’une autre.

En faisant confiance à quelqu’un.

En me préparant à guérir.

Il faut bien le croire:  hormis pour  l’insuline, les anticoagulants, les neuroleptiques, les antibiotiques et la morphine, et  pour certains,  les vaccins…

c’est surtout la foi qui sauve et le placebo qui triomphe.

Christophe Marx

AVRIL  2018

Moncrieff J, Wessely S, Hardy R

Active placebos versus antidepressants for depression
Cochrane Database Syst Rev. 2004;(1):CD003012

Fergusson D et coll.
Turning a blind eye: the success of blinding reported in a random sample of randomised, placebo controlled trials.
Br Med J., 2004; 2004 ; 328 : 432-434

Perlis RH et coll.
Assuring that double-blind is blind.              
Am J Psychiatry 2010 ; 167 (3) : 250-252.

 

Cet article vous a plu ?   Ou déplu ?

Donnez votre avis à l’auteur : ici 

Retour à la liste des publications

Aucun commentaire

Réagissez au texte