Trancher n’est pas tuer

Trancher n’est pas tuer

Les parents sont tout pour l’enfant.

Parfois réciproquement.

Durant ses premières années, l’enfant reçoit « tout » de ses parents.

La vie ? Non, la vie lui est transmise par les géniteurs,  pas donnée par eux. Ils l’ont eux-mêmes reçue.

Les parents sont au commencement de l’enfant, pas à l’ origine de sa vie.

L’enfant reçoit, et incorpore ce dont il a besoin pour grandir : nourriture, caresses, encouragements, critiques bienveillantes…

Parfois il reçoit en plus des éléments destructeurs, sur lesquels il risque de se fracasser.

Au total,  l’enfant est rempli de son enfance, bonne ou mauvaise, belle ou stérilisante, chaleureuse ou cruelle.
Souvent les deux ensemble, d’ailleurs.

Comment donc, pour grandir, exiger son droit d’inventaire ? Garder le bon, pour rejeter le mauvais ?

Comment et à quel âge, faire valoir son adolescence, ce saut de croissance qui fera advenir le « Je » ?

Sans doute de 7 à 107 ans…

Si l’on garde tout on ne peut exister, car  gavé de ces messages et expériences parentales non digérées.

Si l’on rejette tout, on se prive du meilleur, et surtout on se retrouve vide et désenchanté, sans passé, sans présent et surtout sans avenir.

Comment alors tuer en nous ce qui n’est pas nous, sans se tuer nous-même ?

Casser la coquille de la noix sans écraser le fruit qui est à l’intérieur ?

Tant que nous n’avons pas fait ce passage de croissance, les autres peuvent parler de nous, mais pas à nous, et encore moins avec nous.

La question est bien celle qui consiste à trouver le couteau qui va nous séparer : passer entre nous pour nous différencier. Nous séparer de nos parents, nous séparer les uns des autres

Et non pas en nous pour nous tuer.

Les adolescents montrent des comportements qui disent cela : ils dorment en plein jour, font du bruit quand on a besoin de calme, contestent nos valeurs et jonglent avec piercings et tatouages.

Comme pour exiger qu’on arrête  de les envahir avec nos certitudes et nos propres besoins. Comme pour remonter le pont-levis, et continuer de se construire par eux-mêmes, et pour eux-mêmes.

Nous aurons beau les punir, leur couper les vivre, ils continueront d’avoir besoin de déchirer, de braver, de mettre en pièce leur ancien monde, si beau qu’il ait été dans leur enfance ou aux yeux de  leurs parents.
Car il n’y a pas de plus beau monde que celui qu’on habite, qu’on s’est forgé à partir de notre Je,  un Je qu’il s’agira toujours de gagner de haute lutte.

 

Christophe Marx

Mars 2018

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