2 novembre

« Ici repose… Repos éternel…Qu’il repose en paix…. » Mais qu’est-ce qu’ils s’imaginent ? Vraiment, qu’on se repose ? Qu’on se la coule douce toute la journée, allongés sur un divan en feuilletant une revue d’un doigt distrait ?

– Tu as raison, ils n’imaginent pas à quel point on est occupé en permanence. Eux, ils dorment la nuit, mais nous on n’y a plus droit à la nuit ; c’est la lumière tout le temps…

– Oui enfin, la lumière de l’amour, faut bien admettre : ça ne tient pas réveillé comme si ça empêchait de dormir, à la manière d’un néon blanchâtre , non c’est une lumière tellement chaude et douce, intense et discrète à la fois, qu’elle donne à tout une couleur d’éternité. Elle ne montre que le bon côté, elle donne de l’espoir, on est tous intelligents à force d’être éclairé par cette lumière !

– Mais comment leur expliquer que, du coup, on n’a pas envie de se reposer, et qu’on est tellement vivant qu’on ne veut pas que ça s’arrête ?

– Attends, ils vont croire que le Boss nous file des cachetons excitants !

– Hé ! il y a un peu de ça, sauf que ce n’est pas des amphétamines, de la chimie artificielle, c’est…de  la vérité. Et qu’il n’y a jamais de bad trip ou de redescente. On est au cœur de la Vie elle-même, on rayonne au chaud de l’amour à l’abri de toute mort, alors on veut en être ! On veut jouer notre partition dans l’orchestre, on aime tellement ça d’être enfin vivants…

– Et eux, ils croient qu’on est morts !

– Tu as raison ! Allez,  on va leur dire : n’ayez pas peur de quand ce sera le moment de venir avec nous ! C’est fini la peur, c’est fini la mort, c’est fini la solitude et la souffrance !

– Non ce n’est pas le bon axe. D’abord ça leur laisse croire que c’est pour plus tard, et que là  tout de suite ils n’ont qu’à en baver : du coup, ils ne vont même pas s’apercevoir qu’ils sont vivants dès maintenant. En plus, on dirait une publicité pour une marque de lessive, ou le prêche allumé d’un religieux en manque de brebis à séduire…

– Et si on tentait un message plus direct, genre «  Salut tout le monde ! Nous les défunts on est super heureux ! On pense à vous, on fait notre max pour vous éviter les emmerdes ou vous soutenir quand elles sont arrivées quand même ! Le Boss, il est au turbin autant que nous, j’ai jamais vu personne aussi concerné, il est plein d’émotion, il rit, il chiale, il espère, et surtout il nous aime tous tellement que son amour nous permet d’exister à fond. »

– Ouais, j’ai un peu l’impression de me retrouver à l’aumônerie quand j’étais gamin. Je ne suis pas sûr que leur parler de l’amour, ça puisse les rassurer ou les rendre heureux.

– Bon d’accord… On laisse tomber, s’ils veulent vraiment savoir, ils peuvent se renseigner de leur côté. Chacun est libre de croire ce qu’il veut, c’est vrai.

– C’est ça ! On va rien dire et voilà. Ils vont continuer à croire que la mort c’est un endroit et un moment où on se repose. Dès que tu as une idée pour leur expliquer que la mort c’est ni un endroit, ni un moment mais un état d’être, tu me diras. Et qu’on est pas des morts, mais des défunts… Attention, chut ! en voilà un qui se pointe au cimetière. Il manquerait plus que ça qu’il aille raconter qu’il nous a entendu parler !

 

 

Christophe Marx

2 novembre 2017

 

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